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Jacinthe Dubé
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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Juste avant le vendredi noir

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Inondés de spéciaux, alors que nous apprivoisons le « black Friday » qui apporte tant de bonheur consommable aux Américains au moment de fêter la « Thanks giving », on tend à oublier la réalité. Celle dans laquelle on vit.

Mais bon, on ne refera pas le débat sur la consommation aujourd'hui... Juste avant ce vendredi noir, il y a eu un jeudi soir. En rires et en couleurs d'un côté, en peurs et en noir et blanc de l'autre.

En rires et en couleurs

Au Théâtre Centennial de l'Université Bishop's, les employés et collaborateurs du CHUS ont présenté leur pièce de théâtre annuelle au profit de la Fondation du CHUS. Malaise potentiel, cette année. La classe politique n'a pas dû aimer. À moins d'avoir un minimum d'humour. La pièce parlait d'austérité dans le milieu de la santé, le tout enrobé dans une robe à saveur de guerre et d'armée. Le Général Couillon, le Commandant Barouette, Lise Thibo, tout le monde y était. L'armée de l'Austérité s'apprête à frapper. On doit se défendre. On apprendra plus tard que l'armée de l'Austérité (et ses soldats, les Austis ...!) n'existe pas et que le Général Couillon s'est servi de cette supercherie pour arriver à ses fins : économiser à tout prix.

Vous voyez la scène. Brillamment écrite et mise en scène par Stéphane Baillargeon, la pièce avait de quoi mettre en lumière une réalité que l'on nie trop souvent : les coupes budgétaires ont eu un effet sur les membres du personnel, sur leur foi en un système juste et, par effets collatéraux, sur une classe qui se défend moins : les patients. Nier serait mentir. Point.
On rit beaucoup. Jaune, souvent. Et les employés du CHUS qui assistaient à la représentation ont visiblement vécu la chose comme une véritable thérapie. Ce sont eux qui sont au combat quand on tente de faire arriver les données dans les tableaux Excel de la performance financière en niant les impacts réels sur le plancher.

Bref, une pièce qui peut vivre parce que la liberté d'expression est permise. Ouverte et permise. Sur scène, dans un rôle de comédien qui ne leur est pas régulier, mais qui leur sied vraiment bien, on retrouve un médecin spécialiste, des employés de bureau du CHUS, des infirmiers et infirmières. Des gens habitués à jouer un autre rôle chaque jour, mais qui ont prêté leur talent à une cause qui leur tient à cœur. La santé. Et la Fondation.

Ils ont accepté de jouer la pièce telle qu'écrite. Ils ont dénoncé des choses avec l'aval évident d'un public ravi. Mais jamais, mais là jamais, on a senti que leur passion pour le travail était reniée. Peut-être mise au défi par des pluies de paradoxes administratifs, mais le fond demeure bon. Et ça se sent.

En peurs et en noir et blanc

Plus loin à Sherbrooke, ce soir-là, il y avait une vigile. Une centième vigile. Pour appuyer Raïf Badawi. Rappelons qu'il est emprisonné pour avoir écrit un blogue qui dénonçait un système social établi. S'il avait écrit la pièce de théâtre des employés du CHUS et qu'elle avait été jouée en Arabie Saoudite, Raïf serait mort écartelé devant une foule enthousiaste.

Raïf subit une barbarie sans nom qu'on commence à peine à condamner à voix basse, le but étant de préserver les relations commerciales. On se donne une mission de responsabilité sociale, mais on refuse d'exiger de nos partenaires qu'ils soient équitables, respectueux et responsables. C'est fort, le commerce. Plus fort que la vie. En fait, le commerce, c'est la vie. Point.

Jeudi dernier, c'était palpable: c'est un privilège que nous avons de pouvoir dire haut et fort, avec une panoplie de moyens, ce que nous considérons comme non conforme à nos valeurs. Un privilège. Un vrai. Qu'il faut apprécier. Entretenir et apprécier. Mais avec un taux d'an-alphabétisation fonctionnelle de 51 %, dans le Québec moderne, on se met à la merci de la désinformation et de l'exploitation.

Le théâtre sert souvent de catalyseur pour dénoncer ou favoriser la prise de conscience. À nous de répondre par l'éducation et le partage des connaissances.

Pour rétablir un ordre social, on a tous un rôle à jouer. Un jeu qui, disons-le, n'en est plus un. C'est un théâtre-réalité...


Clin d'œil de la semaine

Pour tenir un rôle, il faut comprendre le texte. Et pour comprendre le texte, il faut savoir lire plus que des pictogrammes...

 


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